« 11 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 37-38], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11540, page consultée le 24 janvier 2026.
11 novembre [1843], samedi matin, 9 h. ¼
Bonjour, mon petit bien-aimé, bonjour, je t’aime. Et toi, m’aimes-tu mon adoré ?
M’aimes-tu comme autrefois ? Quand je regarde ma figure j’ai peur que non. Quand je
regarde dans mon cœur je suis sûre que si. Il me semble impossible que tu n’aimes
pas
la pauvre femme qui t’aime si tendrement et si pieusement depuis bientôt onze ans.
Ai-je raison mon adoré ? En attendant, tu fais comme si tu ne m’aimais pas, tu ne
viens plus du tout déjeuner avec moi. Je ne veux pas te grogner mais tu sais que je dis la vérité. Il faudra
cependant tâcher de changer ce régime qui n’est rien moins que bon.
C’est
aujourd’hui que je vais acheter mon bois. C’est aujourd’hui que tu dois me mener à
la
soie végétale, Voime,
voime, je compte là-dessus mais je ne boirai pas d’eau de peur de me donner
des coliques. Cocotte approuve cette précaution du coin de l’œil.
Jour Toto. Jour mon cher petit o. Je vous aime quoique je vous en veuille comme un chien. Il me semble que vous
n’avez pas d’Académie aujourd’hui. Alors qu’est-ce qui vous empêchera de me faire
sortir tantôt ? Vous voyez bien que vous n’êtes pas de bonne foi. Taisez-vous vilain
monstre et demandez-moi pardon ainsi qu’à Cocotte qui n’est rien moins que contente de ce que je la dérange pour
vous écrire des choses que vous savez tout aussi bien que moi. Ce que vous ne savez
pas, ce que vous ne saurez jamais, c’est comment je vous aime. Quand je dis jamais, je veux dire dans ce monde. Vous ne verrez mon amour
dans tout son entier que lorsque je serai morte et vous aussi. D’ici là, laisse-toi
aimer comme jamais homme n’a été aimé avant toi et ne le sera après.
Juliette
« 11 novembre 1843 » [source : BnF, Mss, NAF 16353, f. 39-40], transcr. Olivia Paploray, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.11540, page consultée le 24 janvier 2026.
11 novembre [1843], samedi après-midi, 2 h. ¾
On rentre mon bois, mon cher bien-aimé, avec ses 26 [margottins ?].
J’en ai déjà pour 102 francs 15 sous. Maintenant je n’ai plus que le rentrage à payer.
Du reste je suis sous les armes toute prête à sortir dans le cas où tu viendrais me
chercher, ce qui est peu probable. Je me suis levée de bonne heure et je me suis
dépêchée. Il fait un temps ravissant pour marcher. Quel dommage que vous soyez si
difficile à attrapera quand il
s’agit de me faire sortir. Je n’ai pas pensé à vous dire, hier, de parler à
M. Pradier de sa fille. Si vous le voyez,
j’espère que tu y auras pensé pour moi, mon cher adoré, et que tu le feras si
l’occasion s’en présente. Je suis sûr qu’un mot de toi au sujet de cette pauvre enfant
lui ferait grand bien. Penses-y, mon Toto chéri, et je ne t’en aimerai pas plus,
puisque c’est impossible, mais je te serai bien reconnaissante pour ma fille.
Je
vais descendre à la cave pour voir comment tout ça s’arrange. Tantôt j’ourlerai et
je
marquerai mes nappes. J’aurai probablement le temps de raccommoder ma robe grâce à
votre exactitude. Vous devriez être honteux de votre conduite. Ce n’est pas un
fouriériste1 qui se conduirait ainsi. Taisez-vous, je ne veux pas vous entendre,
vous allez encore dire des bêtises. Taisez-vous qu’on vous dit. J’aime mieux aller
voir mes bûches que de vous entendre. Si j’étais derrière vous je vous ficherais des
bons coups pour vous faire venir plus vite.
Juliette
1 Adepte du philosophe socialiste Charles Fourier.
a « attrapper ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
les répétitions et la création des Burgraves à la Comédie-Française sont compliquées par un procès et une cabale. Au retour de leur voyage en Espagne et dans les Pyrénées, ils apprennent la mort par noyade de Léopoldine, fille aînée de Hugo.
- Janvier-févrierRépétitions des Burgraves. Le rôle de Guanhumara ayant été retiré à Mlle Maxime, on cherche à la remplacer. Après Mlle Fitz-James, c’est Mme Mélingue qui est finalement choisie.
- 14 et 15 févrierMariage de Léopoldine Hugo et Charles Vacquerie.
- 7 marsPremière des Burgraves à la Comédie-Française.
- PrintempsHugo fait la connaissance au printemps de la femme de lettres Léonie d’Aunet, épouse Biard, et débute avec elle une liaison au printemps, ou à l’automne, ou en mai 1844, qui ne sera révélée à Juliette Drouet qu’en 1851.
- 18 juillet-12 septembreVoyage en Espagne et dans les Pyrénées, interrompu par la nouvelle de la mort de Léopoldine Hugo, noyée dans la Seine, à Caudebec, près de Villequier, avec son mari Charles Vacquerie, le 4 septembre. Hugo l’apprend le 9, en lisant le journal, à Rochefort. Léopoldine a été enterrée le 6 septembre, à Villequier. Retour précipité à Paris.
